Coopération : la RDC à l’école burkinabè du froid et de la climatisation

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Pays continental avec un gigantesque potentiel hydro-agricole et halieutique, la République démocratique du Congo (RDC) a engagée une politique de souveraineté alimentaire à travers la maitrise de la chaine du froid et la climatisation. Et s’inspire des bonnes pratiques d’ailleurs pour engranger des résultats.


Du 9 au 12 avril 2026, Ouagadougou était à nouveau la capitale africaine du froid et la climatisation avec la tenue de la 4ème édition du Salon international de la climatisation et la réfrigération de Ouagadougou (SICRO), une activité phare de l’Association des professionnels du froid et la climatisation (APFC).

A cette édition qui a encore été un succès professionnel et populaire, trois pays africains étaient à l’honneur : le Mali, le Niger et la République démocratique du Congo (RDC). Si les deux premiers pays étaient présents avec de fortes délégations comprenant l’Association malienne des acteurs de la réfrigération et de la climatisation (AMAC), l’Association des femmes actrices de la réfrigération et de la climatisation du Mali (AFARC) et l’Association des professionnels du froid du Niger (APFN), la RDC était représentée par trois personnes : Charles Bisimwa Bujiriri, Sylvain Kalombo Kandé et Jean-Paul Mulenga Mumba. Tous des formateurs dans le secteur du froid et la climatisation à l’Institut national de préparation professionnelle (INPP), un organisme public créé en juin 1964 avec la mission d’accompagner l’industrie congolaise par la formation d’une main-d’œuvre pour subvenir à ses besoins. “Nous avons été spécialement dépêchés à Ouagadougou par le directeur de l’INPP pour voir ce qui se passe au Burkina Faso et nous inspirer des bonnes pratiques en matière d’efficacité énergétique”, explique Charles Bisimwa Bujiriri, chef de service Froid et climatisation à l’INPP”.



Quand le pays accède à l’indépendance en juin 1960, les Belges qui assuraient la formation des cadres et techniciens dont le pays avait besoin, plient bagages et s’en vont. Les ambitions des nouvelles autorités d’impulser une politique économique de souveraineté nationale se heurtent au manque criard de main-d’œuvre qualifiée. Avec le soutien du Bureau international du travail (BIT), le Congo crée l’INPP pour former des cadres à même de relever les défis d’une industrie naissante dans plus de 96 métiers : électricité industrielle, électronique, froid et climatisation, mécanique générale, mécanique automobile, énergie renouvelable, couture, esthétique, hôtellerie, restauration, informatique, automaticité, etc.

Cahin-caha, les choses se mettent en place. L’ex Zaïre connait une certaine prospérité économique avec une monnaie forte, 1 zaïre équivalant à 2 dollars américains dans les années 70.

Mais comme ailleurs dans plusieurs pays africains, au tournant des années 90, la RDC est secouée par une crise politique. Les jeunes réclament plus de liberté et revendiquent violemment leur part du gâteau national en se livrant à des pillages de biens publics et privés.

Bilan de cette agitation qui a gagné tout le pays, des usines et autres petites industries de transformation saccagées, privant des milliers de Congolais de sources de revenus. Face à cette situation de chaos, l’INPP ouvre ses portes aux chômeurs et aux nouveaux inactifs qui souhaitent bénéficier d’une formation qualifiante et se reconvertir dans les nouveaux métiers. L’Institut accueille par an environ 450 environ étudiants et stagiaires dans le secteur du froid dont seulement ....7 femmes.



Dans le secteur du froid et la climatisation, trois spécialités sont proposées aux apprenants pour une durée allant de 4 à 6 mois : le froid ménager sur la base de tout ce qui est réfrigération et congélation climatisation ; le froid commercial et industriel et enfin, la climatisation centrale. Idem dans la formation sur les énergies renouvelables où la durée peut être ramenée à deux mois lorsqu’il s’agit de renforcer les capacités des agents envoyés par des entreprises.

En plus de l’INPP, l’Association congolaise des professions du froid et la climatisation (ACOPROF), l’équivalent de l’APFC au Burkina, déploie des efforts pour former les techniciens et faire la mise à jour de ses membres sur l’utilisation de nouvelles technologies que de grandes marques introduisent progressivement au Congo.



Comme dans les autres pays d’Afrique au Sud du Sahara, la problématique de la conservation des productions nationales alimentaires occupe une place importante dans les choix politiques congolais. Dans ce pays continental (2,345 millions de km2) où la capitale, Kinshasa compte à elle seule près de 20 millions d’habitants, la bataille pour l’autosuffisance alimentaire passe nécessairement par la maitrise complète de la chaine du froid. Pour y parvenir, le gouvernement a lancé le programme dénommé “145 territoires” dans l’objectif de pouvoir conserver les productions agricoles et halieutiques (lait, poisson, légumes, fruits) aux quatre coins du pays et les mettre, sans discontinuité, à la disposition des consommateurs.

Selon les trois formateurs de l’INPP, ce projet, qui comprend aussi la construction de chambres froides, évolue progressivement et permet d’espérer de lendemains meilleurs. Même si, regrettent-ils, le froid est encore perçu comme un produit de luxe avec des taxes excessivement élevés qui frappent les équipements de froid et de climatisation. Ils s’engagent à faire des plaidoyers auprès des pouvoirs publics afin qu’ils revoient à la baisse le niveau de taxation des équipements pour les rendre moins chers comme c’est le cas au Burkina pour le photovoltaïque et les panneaux solaires. “Pour avoir un bon générateur à la maison qui peut faire fonctionner le frigo, la télé et le congélateur, il faut débourser au moins 5000 dollars et c’est cher pour la majorité des Congolais”, explique Sylvain Kalombo Kandé, chef de service Énergies renouvelables à l’INPP.



S’agissant des énergies renouvelables, la RDC ne dispose pas pour l’instant d’institution scolaire ou académique qui prend spécifiquement en compte ce segment. Entre la géothermie, le biogaz, le photovoltaïque, l’éolienne, l’hydro-électricité, le gouvernement a fait le choix du photovoltaïque, plus facile à mettre en place ; juste des plaques solaires à installer sous le soleil. Résultat, le taux d’accès à l’électricité est passé de 7 à 25% dans les centres urbains depuis l’arrivée aux affaires du président Félix-Antoine Tshisekedi, mais reste désespérément bas (1%) dans le milieu rural et particulièrement à l’Est du pays en raison de la guerre qui s’y déroule depuis plusieurs années et où on constate un fort taux de mortalité de poisson par manque de pêche industrielle.

On est encore loin de l’objectif qui est d’offrir au plus grand nombre les moyens de conserver les productions et d’éviter les énormes pertes agricoles. “Si les consommateurs s’intéressent aux jus, boite de tomate et conserves importés, c’est parce que ces produits coûtent moins chers grâce aux politiques adéquates mises en place par les gouvernements des pays d’origine. Nous devons aussi aller dans ce sens pour éviter à l’avenir de toujours importer alors que nous avons les moyens d’en produire”, plaide Jean-Paul Mulenga Mumba.



Certes, le Domaine agro-industriel présidentiel de la N’Selé (DAIPN) qui existait déjà du temps de Mobutu et qui visait à booster le secteur agricole a été ressuscité, mais les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. On continue ainsi d’importer de la volaille, des œufs, des légumes, du poisson en l’Europe, du Brésil et de la Namibie.

L’autre freint à l’accès à une énergie moins chère, réside dans la qualité des infrastructures de transport. “Avec les productions des centrales d’Inga, Zongo 1 et 2, Kakobola dans la province du Kuilou, Ruzizi1 et 2, l’énergie aurait pu être plus accessible au Congolais, mais on perd une bonne part dans le transport”, regrette Kandé.



Quel bilan peuvent-ils tirer de leur séjour au SICRO ?

“Nous avons constaté qu’au Burkina Faso, la plupart des équipements sont des Inventer qui est déjà une technologie avancée pour faciliter l’efficacité énergétique” répond Charles Bisimwa Bujiriri, ajoutant que “c’est une technologie qui n’est pas encore répandue chez nous”. Or, poursuit-il, il nous faut parvenir à l’efficacité énergétique, c’est à dire consommer moins d’énergie pour produire beaucoup plus d’énergie frigorifique”, sachant que 20% de consommation énergétique dans le monde vient des équipements frigorifiques (climatiseurs, chambres froides, etc.)

L’édition 2026 du SICRO a permis aux Congolais de nouer des contacts avec leurs collègues burkinabè, de créer un réseau des acteurs et professionnels du froid et la climatisation sachant qu’en la matière, “nos frères burkinabè ont une longueur d’avance en termes d’innovation et d’organisation dont nous pouvons nous inspirer pour développer le secteur au Congo”. Les trois formateurs, qui ont activement participé aux panels et autres débats, confient aussi avoir rencontré des partenaires dans le domaine du froid et la climatisation et certains devraient se rendre en RDC sous peu pour étudier les conditions d’une implantation dans le pays. Ils ont aussi espoir de collaborer dans le futur avec des structures de formation comme New Cold Academy et les 2IE.

“Notre patron est un homme qui est écouté du côté du gouvernement et nous sommes confiants qu’il va faire des propositions concrètes pour faire évoluer les choses à la lumière de ce que nous allons lui rapporter”, conclut Charles Bisimwa Bujiriri.


Dominique Koné

Kaceto.net